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Art et mode : un mariage largement consommé

21 octobre 2013

La nouvelle vient de tomber : le parfum Miss Dior s’exposera au Grand Palais pour une exposition éphémère, du 13 au 25 Novembre. Dans le même temps, on ne parle que de la rétrospective Azzedine Alaïa qui se déroule en ce moment au Palais Galliera, jusqu’au 26 Janvier 2014. L’occasion de revenir sur ce mariage largement consommé entre art et mode.

 

 

Un parfum au musée ? Ceci n’est pas sans rappeler l’énorme rétrospective organisée par Chanel il y a quelques mois au Palais de Tokyo, pour son iconique parfum N°5. Seul Chanel pouvait alors se targuer de pouvoir prétendre à un tel dispositif, le parfum étant devenu, plus qu’une fragrance, l’icône d’une style de vie à la française. Un dispositif inspiré de l’exposition ‘The Little Black Jacket‘ débutée en 2012 à New York.

 

 

Aujourd’hui, en annonçant cette exposition, Dior semble vouloir lui aussi mettre les pieds au musée.. Même s’il possède déjà le sien, le musée Christian Dior, situé à Granville (Manche) dans la maison familiale des Dior. L’art est inscrit dans les gênes de la maison, car Christian Dior fut avant tout un galeriste, exposant des Picasso, des Braque, Giacometti,..

 

 

Cette exposition Miss Dior semble intervenir dans un concept global d’esthétisation artistique de la marque, dont le point de départ est l’exposition ‘Esprit Dior‘, se déroulant en ce moment au Museum Of Contemporary Art de Shanghai. Les dessins de Gruau, les photographies de Demarchelier et les créations de Dior côtoient les œuvres contemporaines de Yan Lei, Zheng Guogu, Liu Jianhua, Yan Pei-Ming,..

Les initiatives et partenariat des marques se multiplient sans fin : Net-à-porter sort une collection baptisée ‘Art Capsul’, dont les prix des vêtements s’alignent sur la cote artistique, Maison Martin Margiela annonce son soutien à l’artiste Baptiste Debombourg dans le cadre du Parcours Saint-Germain d’Art Contemporain, Lanvin choisit de mettre en scène César en exposant dans ses vitrines du Faubourg Saint-Honoré trois de ses œuvres, Prada annonce sa nouvelle collaboration avec Damien Hirst pour une œuvre quatarie..

 

 

En effet, la mode a toujours été, par sa créativité et son artisanat, classée comme un art à part entière. Les frontières se sont peu à peu brouillées, à un point tel que l’un sans l’autre est inconcevable. Petit à petit, la mode s’est donc confondue avec l’art, et c’est avec une complète légitimité qu’elle s’est ensuite affichée dans le lieu artistique ultime : le musée.

L’une des premières manifestations à faire date fut la rétrospective ‘Yves Saint Laurent, 25 Years of Design’, la première à être organisée du vivant d’un couturier, en 1983 au Metropolitain Museum of Art de New York. L’exposition voyagera ensuite tout autour du monde, de Pékin à Moscou en passant par Sydney.

Avec cette exposition, Yves Saint Laurent reçoit – une fois de plus – la reconnaissance de son travail en tant qu’art, art témoin.

« J’ai essayé de montrer que la mode est un art. J’ai suivi en cela les conseils de mon maître Christian Dior, et la leçon impérissable de mademoiselle Chanel. J’ai créé pour mon époque et j’ai essayé de prévoir ce que sera demain » Yves Saint Laurent,1983.

 

 

L’art, dans un cercle sans fin, nourri la mode, elle-même qualifiée d’art : Robes Mondrian chez Yves Saint Laurent (1965), d’inspiration Warhol chez Jean-Charles de Castelbajac (1984), street-art chez Prada (Été 2014), chapeaux surréalistes de Dalí pour Elsa Schiaparelli (1937), sacs Sprouse (2001), Murakami (2003), ou Kusama (2012) chez Louis Vuitton,… Une source d’inspiration inépuisable.

Tout comme une œuvre , la mode se veut être le témoin d’une civilisation révolue, d’un instant donné. Car la mode, comme chaque domaine artistique (peinture, sculpture, musique, littérature), est un merveilleux curseur d’observation de l’évolution des sociétés.

Yves Saint Laurent dira, en 2002, avoir « participé à la transformation de [son] époque. Je l’ai fait avec des vêtements, ce qui est sûrement moins important que la musique, l’architecture, la peinture (…), mais quoi qu’il en soit, je l’ai fait ».

 

 

L’exposition ‘La Mécanique des dessous‘, organisée aux Arts Décoratifs jusque fin novembre 2013, rapporte ainsi l’influence du vêtement dans la construction et la perception du corps de la femme : faux-culs, corsets, gaines, crinolines,.. rendent compte des mœurs et diktats des sociétés d’hier et d’avant-hier ; et ce aussi efficacement qu’une peinture ou un ouvrage historique. On citera aussi l’exposition du Musée d’Orsay organisée en 2012 , ‘L’impressionnisme et la mode‘, rendant hommage aux qualités d’observations et de réalisme vestimentaire des artistes du courant.

L’une des formes les plus abouties de ce mariage entre art et mode pourrait être la performance ‘The Impossible Wardrobe conçue par Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera, avec l’actrice Tilda Swinton. L’anglaise s’est fondue dans le corps d’un conservateur, apprenant les gestes de manipulation de ces costumes impossibles à porter, stockés par milliers dans les réserves, et les présentant au public avec une infinie douceur. Presque une pièce de théâtre, un tableau vivant convoquant l’histoire personnelle de chacune de ces pièces, ressuscitant des époques révolues, des personnages oubliés.

 

 

Un mariage largement consommé, et savouré…

Luxe

La haute couture, bonne étoile de l’artisanat

17 octobre 2013

Symbole d’ultra-luxe et mère de vêtements légendaires, la haute-couture n’en demeure pas moins une industrie indispensable au monde de l’artisanat..

Ses exigences ont assuré la pérennité de nombreuses maisons, spécialisées dans un unique métier difficile à transmettre, et difficile à remplacer.

Tour d’horizon de ces maisons sauvées par les grands noms de la mode.

Depuis 1997, la maison Chanel a véritablement construit un empire de l’artisanat, dont la célébration annuelle se tient début décembre lors de son défilé des Métiers d’Art.

Chaque année, une ville est mise à l’honneur, et toute la création qui en découle y est célébrée : Édimbourg et ses tweeds en 2012, Bombay et ses parures en 2011, Byzance et ses broderies en 2010…

 

Des tweeds aux broderies, mille et uns détails qui font de la couture un art ©Chanel

 

On y célèbre un savoir-faire exceptionnel et des traditions ancestrales, créateurs de vêtements uniques par de petites mains magiques.

Le crew Chanel, nommé Paraffection, regroupe désormais le parurier Desrues, les brodeur Lesage et Montex, le modéliste Michel, les bottiers Massaro et Roveda, l’orfèvre Goosens, le gantier Causse, le plumassier Lemarié, le parurier floral Guillet

Bruno Pavlovsky, directeur des activités mode au sein de la marque, explique que  » le rôle de Paraffection est de donner à ces maisons les moyens de se développer. C’est à la fois un investissement dans la création et une réalité économique avec des maisons qui se développent, recrutent et recherchent sans cesse de nouveaux clients ».

Il y a vingt ans, Hermès pariait sur l’orfèvre Puiforcat, le rachetant et faisant de la maison l’un des ses fournisseurs officiels en joaillerie et arts de la table. Avec cette acquisition , l’entreprise vit ses activités se diversifier, pour répondre à une demande plus contemporaine, alliée à une habileté légendaire.

L’enjeu principal de ces associations entre mastodontes mondialisés et maisons confidentielles ? Apprendre à se réinventer, à trouver le bon équilibre entre A.D.N personnel et codes de marque.

Car on aurait pu croire les métiers d’Arts morts et enterrés sur l’autel de la sur-consommation et de la production en série ; mais c’est le mouvement inverse qui s’est produit : la recherche d’un ultra-luxe, d’une production extrêmement minutieuse et rare, s’est accrue avec les années.

Aujourd’hui, le bling-bling a laissé place à la modestie, et un objet extrêmement bien réalisé, portant une histoire entre ses plumes ou au fond du chapeau, fait davantage rêver qu’un sac au monogramme uniformisé.

Par le rachat de ces maisons artisanales par de grands groupes, la pérennité de ces savoirs-faire semble assurée. Une solution gagnante pour chacun, et une bonne manière d’allier prestige et virtuosité pour tous.

 

 

Cependant, même avec toute la volonté du monde, certains métiers disparaissent à la mort de leur artisan. Par exemple, la disparition de Raymonde Pouzieux, passementière, ayant pour principal client -mais quel client- Chanel, entraîne doucement la périclitation de son art.

N’ayant trouvé aucun apprenti capable de la seconder, Raymonde a continué inlassablement à créer ses fameux galons jusqu’à la fin, son tour de main disparaissant avec elle.

La transmission de ces savoirs et techniques est aujourd’hui primordiale. Ils restent les uniques témoins actuels de cette exception française de l’artisanat, indissociable de la Haute Couture de l’Hexagone.

De nombreuses structures cherchent à présent à protéger ces maisons et ces artisans n’ayant pas la chance de bénéficier du support d’un grand groupe industriel : l’Institut National des Métiers d’Arts, qui organise conférences et remise de prix pour encourager les vocations; ou encore les Ateliers d’Arts de France, organisation professionnelle des métiers d’arts regroupant artistes et manufactures françaises.

La Chambre du commerce et de l’Industrie de Paris, observant avec inquiétude ce déclin, a mis en place un programme de rencontres et formations, pour permettre un dialogue constant entre maisons de luxe et artisans.

De nombreux prix récompensent chaque année ces artistes qui font le choix du fait main, de l’innovation et de la recherche esthétique : on citera les Talents du Luxe et de la Création, décernés par le Centre du luxe et de la création, ou le Prix Pour l’Intelligence de la main de la Fondation Liliane Bettencourt.

 

 

Aujourd’hui, les savoirs-faire ancestraux reviennent au goût du jour, grâce à la relève de designers et marques avides de nouveauté et de renouvellement : des plissés de Géard Lognon à ceux de Yiqing Yin, chacun brille par sa beauté.. et grâce à sa bonne étoile.