Luxe

La haute couture, bonne étoile de l’artisanat

17 octobre 2013

Symbole d’ultra-luxe et mère de vêtements légendaires, la haute-couture n’en demeure pas moins une industrie indispensable au monde de l’artisanat..

Ses exigences ont assuré la pérennité de nombreuses maisons, spécialisées dans un unique métier difficile à transmettre, et difficile à remplacer.

Tour d’horizon de ces maisons sauvées par les grands noms de la mode.

Depuis 1997, la maison Chanel a véritablement construit un empire de l’artisanat, dont la célébration annuelle se tient début décembre lors de son défilé des Métiers d’Art.

Chaque année, une ville est mise à l’honneur, et toute la création qui en découle y est célébrée : Édimbourg et ses tweeds en 2012, Bombay et ses parures en 2011, Byzance et ses broderies en 2010…

 

Des tweeds aux broderies, mille et uns détails qui font de la couture un art ©Chanel

Des tweeds aux broderies, mille et uns détails qui font de la couture un art ©Chanel

 

On y célèbre un savoir-faire exceptionnel et des traditions ancestrales, créateurs de vêtements uniques par de petites mains magiques.

Le crew Chanel, nommé Paraffection, regroupe désormais le parurier Desrues, les brodeur Lesage et Montex, le modéliste Michel, les bottiers Massaro et Roveda, l’orfèvre Goosens, le gantier Causse, le plumassier Lemarié, le parurier floral Guillet

Bruno Pavlovsky, directeur des activités mode au sein de la marque, explique que  » le rôle de Paraffection est de donner à ces maisons les moyens de se développer. C’est à la fois un investissement dans la création et une réalité économique avec des maisons qui se développent, recrutent et recherchent sans cesse de nouveaux clients ».

 

Il y a vingt ans, Hermès pariait sur l’orfèvre Puiforcat, le rachetant et faisant de la maison l’un des ses fournisseurs officiels en joaillerie et arts de la table. Avec cette acquisition , l’entreprise vit ses activités se diversifier, pour répondre à une demande plus contemporaine, alliée à une habileté légendaire.

L’enjeu principal de ces associations entre mastodontes mondialisés et maisons confidentielles ? Apprendre à se réinventer, à trouver le bon équilibre entre A.D.N personnel et codes de marque.

Car on aurait pu croire les métiers d’Arts morts et enterrés sur l’autel de la sur-consommation et de la production en série ; mais c’est le mouvement inverse qui s’est produit : la recherche d’un ultra-luxe, d’une production extrêmement minutieuse et rare, s’est accrue avec les années.

Aujourd’hui, le bling-bling a laissé place à la modestie, et un objet extrêmement bien réalisé, portant une histoire entre ses plumes ou au fond du chapeau, fait davantage rêver qu’un sac au monogramme uniformisé.

Par le rachat de ces maisons artisanales par de grands groupes, la pérennité de ces savoirs-faire semble assurée. Une solution gagnante pour chacun, et une bonne manière d’allier prestige et virtuosité pour tous.

 

Une brodeuse vérifiant la bonne tenue des galons ©Loic Prigent pour Signé Chanel

Une brodeuse vérifiant la bonne tenue des galons ©Loic Prigent pour Signé Chanel

 

Cependant, même avec toute la volonté du monde, certains métiers disparaissent à la mort de leur artisan. Par exemple, la disparition de Raymonde Pouzieux, passementière, ayant pour principal client -mais quel client- Chanel, entraîne doucement la périclitation de son art.

N’ayant trouvé aucun apprenti capable de la seconder, Raymonde a continué inlassablement à créer ses fameux galons jusqu’à la fin, son tour de main disparaissant avec elle.

La transmission de ces savoirs et techniques est aujourd’hui primordiale. Ils restent les uniques témoins actuels de cette exception française de l’artisanat, indissociable de la Haute Couture de l’Hexagone.

De nombreuses structures cherchent à présent à protéger ces maisons et ces artisans n’ayant pas la chance de bénéficier du support d’un grand groupe industriel : l’Institut National des Métiers d’Arts, qui organise conférences et remise de prix pour encourager les vocations; ou encore les Ateliers d’Arts de France, organisation professionnelle des métiers d’arts regroupant artistes et manufactures françaises.

La Chambre du commerce et de l’Industrie de Paris, observant avec inquiétude ce déclin, a mis en place un programme de rencontres et formations, pour permettre un dialogue constant entre maisons de luxe et artisans.

De nombreux prix récompensent chaque année ces artistes qui font le choix du fait main, de l’innovation et de la recherche esthétique : on citera les Talents du Luxe et de la Création, décernés par le Centre du luxe et de la création, ou le Prix Pour l’Intelligence de la main de la Fondation Liliane Bettencourt.

 

Présentation du travail de Yiqing Yin au Festival de Hyères, en 2010 © Photos Pierre-Jean Manfréo

Présentation du travail de Yiqing Yin au Festival de Hyères, en 2010 © Photos Pierre-Jean Manfréo

 

Aujourd’hui, les savoirs-faire ancestraux reviennent au goût du jour, grâce à la relève de designers et marques avides de nouveauté et de renouvellement : des plissés de Géard Lognon à ceux de Yiqing Yin, chacun brille par sa beauté.. et grâce à sa bonne étoile.

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